Taxi aérien à la demande est-ce envisageable ?

L’aviation à la demande – le taxi aérien – a le potentiel d’améliorer radicalement la mobilité urbaine, et la technologie nécessaire pour amorcer une telle transformation est ici. Les véhicules de mobilité aérienne urbaine (UAM) volent et sont testés dans le monde entier.

Cette révolution des transports est si rapide – bien qu’elle en soit encore à ses débuts – qu’un marché à grande échelle de ce type de services est largement attendu pour le milieu ou la fin des années 2030. Le pionnier des services de transport routier, Uber, est l’une des 150 entreprises, petites et grandes, qui se battent pour obtenir l’avantage concurrentiel que procure une adoption précoce. Comme ce fut le cas pour les véhicules terrestres. Elle collabore avec Aurora Flight Sciences, une société de Boeing, Bell Helicopter, Embraer au Brésil, Karem Aircraft et Pipistrel Aircraft dont le siège est en Slovénie.

“Chacune [de ces entreprises] est complètement différente.  Prouvant que nous sommes dans l’équivalent d’une époque des frères Wright”, a observé Mark Moore, directeur de l’ingénierie des systèmes de véhicules chez Uber Elevate.

“L’ère des frères Wright” est probablement une description aussi pertinente que les autres pour cette perturbation en cours. Dans une étude récente sur l’UAM, Deloitte Consulting a déclaré “Sous l’impulsion d’une série de tendances technologiques et sociales – du covoiturage et du vélo en libre-service, aux véhicules électriques et autonomes et au-delà – l’avenir de la mobilité pourrait à terme créer un système de transport plus intégré, plus rapide, moins cher, plus propre et plus sûr que celui d’aujourd’hui”.

Le mode de propulsion hybride électrique sera dans un premier temps privilégié.  Il offrira une combinaison optimale d’autonomie et de vitesse. Si les entreprises qui prévoient de produire en masse des cellules et des systèmes de propulsion UAM maîtrisent bien les technologies et la voie la plus logique à suivre pour aboutir à une autonomie totale. D’autres impératifs risquent de constituer des défis plus importants pour faire décoller cette industrie naissante. Et ce, malgré tous les essais en cours sur les véhicules.

Les enjeux principaux.

L’un des plus redoutables sera l’acceptation par le public. La construction de l’infrastructure et son financement en sont deux autres. Il suffit de penser à la relative rareté des stations de recharge pour véhicules électriques, même au niveau régional, lorsqu’elles ont été présentées aux consommateurs. Les opérateurs d’UAM seront tout d’abord confrontés à un défi similaire, à savoir la mise en place d’infrastructures adéquates – souvent appelées sky ports ou vertiports. Cette mise en place sera nécessaire pour une utilisation à grande échelle afin de faire baisser le coût des services UAM pour attirer les masses.

La bonne nouvelle est qu’il y a un afflux très important de fonds de capital-risque destinés spécifiquement à investir dans l’UAM. Par exemple, Nexa Capital, qui a aidé l’administration fédérale de l’aviation à payer le système de contrôle du trafic aérien NextGen avec du capital-risque, a de multiples propositions devant la FAA pour des projets d’infrastructure UAM à financement privé.

Deuxième défi majeur.

Un deuxième défi majeur consistera à inciter les villes à utiliser l’UAM pour compléter leurs infrastructures de transport actuelles. Nexa a étudié pas moins de 78 villes dans le monde pour déterminer les cinq endroits les plus susceptibles d’accueillir l’UAM et démontrer son potentiel. L’un d’entre eux est Tokyo, qui possède près de 500 héliports qui ne sont pas utilisés en raison de la résistance locale au bruit des hélicoptères. Le fait que les véhicules de l’UAM génèrent beaucoup moins de bruit pourrait débloquer cette infrastructure inutilisée, selon certains observateurs de l’industrie. Aux États-Unis, Seattle est considéré comme un endroit idéal pour l’UAM, car de nombreuses trajectoires de vol se feraient au-dessus de l’eau…

Pour sa part, la communauté réglementaire – une des parties prenantes qui pourrait être perçue comme un point de friction probable – semble faire sa part. Bien qu’il reste beaucoup à faire, un cadre réglementaire est en train d’émerger et les acteurs de l’industrie sont généralement satisfaits des progrès réalisés jusqu’à présent.

Jusqu’à 400 millions d’embarquements d’UAM par an d’ici 2050

Au rythme actuel de développement, certains observateurs de l’industrie estiment qu’il pourrait y avoir jusqu’à 400 millions d’embarquements d’UAM par an d’ici 2050, ce qui représenterait 4 à 5 % des voyages aériens mondiaux. Cela serait très significatif si cette projection se réalisait.

Lorsque les opérateurs de l’UAM lanceront des vols générateurs de revenus, ils constitueront presque certainement un service de qualité supérieure accessible non pas aux masses, mais aux personnes à valeur nette élevée – comme les vols d’hélicoptère à la demande entre, par exemple, New York City et les Hamptons dans l’est de Long Island. De même, les origines de ces offres de services seront très probablement concentrées dans des zones géographiques riches, telles que la Silicon Valley. À mesure que le volume des vols augmentera, on peut s’attendre à ce que les prix baissent, mettant cette forme de transport à la portée financière d’un plus grand nombre de personnes.

Contrairement aux États-Unis, où très peu de villes semblent envisager sérieusement l’UAM. L’Union européenne prend des mesures et encourage les villes à considérer l’UAM à terme comme une alternative viable. En effet, de nombreuses villes européennes sont en concurrence pour avoir la possibilité de servir de sites d’essai.

Source : “Cet article original a été publié sur le blog Naviguer vers le futur de Dassault Systèmes”